La CJUE Trace une Ligne Rouge : Pourquoi l'Urbanisme ne Peut Plus Contourner les Règles Européennes des Services
La CJUE impose le respect du droit européen dans la réglementation des locations courte durée. Le « silence administratif » pourrait désormais être illégal.

Un tournant décisif pour le secteur européen de la location courte durée vient d’être amorcé par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Dans une décision qui pourrait contraindre les grandes villes du continent à réécrire leurs réglementations du logement, l’Avocat général a rendu un avis sans concession dans l’affaire C-813/24, opposant la plateforme Smartflats à la Région de Bruxelles-Capitale.
Cet avis établit un précédent juridique majeur : les régimes d’autorisation urbanistique ne peuvent pas servir de bouclier pour contourner les exigences strictes de la directive européenne sur les services.
Pendant des années, les municipalités ont utilisé des lois complexes d’urbanisme et de zonage pour restreindre le marché de la location courte durée. L’Avocat général précise désormais sans ambiguïté que si ces lois urbanistiques restreignent l’accès au marché, elles doivent passer le rigoureux « test de proportionnalité » imposé par le droit européen.
Le Conflit Central : Urbanisme contre Accès au Marché
La tension au cœur de l’affaire Smartflats était de savoir si la législation régionale bruxelloise — qui exige une autorisation urbanistique explicite pour changer l’usage d’un bien résidentiel en hébergement touristique — relevait du champ d’application de la directive Services de l’UE.
Les autorités régionales soutiennent souvent que l’urbanisme relève d’une compétence locale, distincte de la réglementation des services. L’Avocat général n’a pas partagé cette analyse. L’avis énonce que, dès lors que ces régimes d’autorisation impactent directement la capacité d’un prestataire de services (l’hôte ou la plateforme) à accéder au marché, ils doivent se conformer à la directive.
Cela déclenche une cascade d’obligations juridiques pour les villes. Il ne suffit plus d’invoquer la « pénurie de logements » comme justification générique des restrictions ; c’est le processus réglementaire lui-même qui est désormais sous surveillance.
Les 5 Piliers d’une Réglementation Conforme
Selon l’avis, tout État membre ou toute ville instaurant des régimes d’autorisation pour la location courte durée doit démontrer que ses mesures satisfont cinq critères spécifiques. Si une réglementation échoue ne serait-ce qu’à un seul, elle peut être jugée incompatible avec le droit européen.
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Nécessité avérée : La restriction doit être justifiée par une raison impérieuse d’intérêt général (par exemple, lutter contre une pénurie réelle de logements ou protéger l’environnement urbain). Elle ne peut pas relever d’un protectionnisme économique pur en faveur des hôtels.
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Proportionnalité : La mesure doit être apte à atteindre l’objectif poursuivi et ne pas aller au-delà de ce qui est nécessaire. Si une mesure moins restrictive (comme un plafond de nuitées plutôt qu’une interdiction) peut fonctionner, l’interdiction est illégale.
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Transparence : Les règles doivent être claires, non ambiguës et rendues publiques à l’avance.
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Sécurité juridique : Les hôtes doivent pouvoir prévoir l’issue de leurs demandes. Les règles ne peuvent pas être modifiées arbitrairement.
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Équité procédurale : Le processus de demande doit être objectif et impartial.
La Critique du Régime Bruxellois : Un Avertissement pour les Autres Villes
L’Avocat général ne s’est pas limité à énoncer des principes abstraits ; il les a appliqués au régime bruxellois de location courte durée, pointant de graves lacunes procédurales communes à bien d’autres villes européennes.
L’avis souligne que le système bruxellois souffre d’un « large pouvoir d’appréciation municipal » et de « critères peu clairs ». Lorsqu’un conseil municipal peut rejeter une licence en se fondant sur des impressions vagues concernant le « caractère du quartier », sans indicateurs objectifs, la sécurité juridique est mise à mal.
De plus, l’Avocat général insiste sur le fait qu’un système conforme doit prévoir :
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Des délais contraignants pour que les autorités prennent une décision.
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L’obligation de motiver tout refus.
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Des voies de recours effectives (une trajectoire claire pour contester un rejet).
La Bombe du « Silence Administratif »
L’aspect le plus explosif de l’avis concerne peut-être le concept de « silence administratif ».
Dans de nombreuses juridictions (y compris dans certaines régions d’Espagne et d’Italie), lorsqu’un hôte dépose une demande de licence et que la municipalité ne répond pas, ce silence est traité comme un « silence négatif », un rejet automatique.
L’Avocat général avertit que cette pratique est probablement contraire aux règles européennes. Selon la directive Services, la règle générale est que l’autorisation est réputée accordée si l’autorité compétente ne répond pas dans le délai imparti. Inverser cette règle (traiter le silence comme un rejet) n’est permis qu’en présence d’une raison impérieuse d’intérêt général, qui doit être rigoureusement justifiée.
Cela fait peser l’intégralité de la charge administrative sur la municipalité. Elle ne peut plus se contenter d’ignorer les demandes pour geler le marché ; elle doit les traiter activement, sous peine d’approbations automatiques.
Et Maintenant ?
Il est important de souligner que l’avis de l’Avocat général n’est pas un arrêt définitif, mais la CJUE suit ces avis dans la grande majorité des cas.
Si la Cour confirme ce raisonnement dans son arrêt final, il façonnera la prochaine génération de réglementations sur la location courte durée dans toute l’UE. Des villes comme Barcelone, Paris, Amsterdam et Berlin devront vérifier leurs régimes de licences actuels pour s’assurer qu’ils ne reposent pas sur le « silence administratif » ou sur des critères urbanistiques vagues qui échouent au test de proportionnalité.
Pour le secteur de la location courte durée, cet avis offre un nouveau et puissant bouclier juridique contre la réglementation arbitraire. Pour les municipalités, c’est un appel à professionnaliser et à objectiver immédiatement leurs procédures de délivrance de licences.
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Gianpaolo Vairo
Couvre l'industrie de la location courte durée pour Scale Wire. Spécialisé en Regulation & Compliance, tendances technologiques et analyse de marché.
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